Le concept « d’intelligence émotionnelle » peut sembler surprenant, car il mêle deux notions que l’on a habituellement coutume d’opposer. On y trouve d’un côté le mot « intelligence » qui désigne la capacité de raisonnement et d’analyse et d’un côté le mot « émotion » qui désigne les réactions primaires difficilement contrôlables survenant suite à l’occurrence d’un événement bien précis ou dans certaines situations. Bien souvent la capacité de raisonnement est réduite lors d’un accès émotionnel.
À titre d’exemple personnel, je me souviens lors d’une baignade en Bretagne dans la Manche avoir été pris de panique soudaine en pensant au film « les dents de la mer » lorsque je nageais au large, bien que sachant qu’il n’y a pas de requins dans cette zone d’un point de vue rationnel, mais pendant un instant l’émotion m’a figé puis par la suite, cette réaction automatique de peur permettant la survie de l’espèce humaine m’a sans aucun doute permis de rejoindre le rivage en un temps record ! Les émotions (de « é » : vers l’extérieur et « motere » : mouvoir) sont des incitations à l’action !

intelligence émotionnelle

Comment la notion « d’intelligence émotionnelle » peut-elle regrouper deux termes semblant à première vue antithétiques ? Que désigne une telle notion ?

Ce concept fait vraiment parler de lui depuis les années 80 et des études scientifiques quantitatives crédibles sont menées depuis les années 90. A la différence d’autres concepts plus souvent étudiés en psychologie du travail et des organisations, l’intelligence émotionnelle apparaît comme un concept relativement récent puisque la première utilisation officielle du terme revient à John Mayer et Peter Salovey (1990).

Toutefois, l’idée selon laquelle l’intelligence va bien au-delà des capacités cognitives traditionnellement valorisées par le système scolaire est plus ancienne.

Trois auteurs se sont intéressés à cette question : Thorndike (1920) père de l’Intelligence Sociale, Wechsler (1940) déclare que l’intelligence cognitive n’explique pas toute la variance dans l’adaptation de l’être humain à son environnement.
Gardner (1983/ 1993) propose l’existence de deux formes d’intelligence, dites personnelles, l’intelligence intrapersonnelle et interpersonnelle.

Une revue des principales définitions de l’intelligence émotionnelle devrait nous permettre d’évaluer le caractère novateur de ce concept.

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Les  3 principaux modèles d’intelligence émotionnelle

  • LE MODÈLE ORIGINEL DE SALOVEY et MEYER (1990)

Peter Salovey et John Meyer, deux universitaires américains, spécialistes en psychologie, ont été les premiers à utiliser l’expression «  IE  » et la conceptualiser. Pour eux, l’IE se situe à l’intersection des cognitions et des émotions. Ils soutiennent que les individus varient dans leur capacité à traiter l’information d’une nature émotionnelle et leur capacité à établir un lien entre ce traitement émotionnel et la cognition générale.

Leur modèle initial comprenait 3 processus mentaux principaux :

  • évaluer et exprimer les émotions (les siennes et celles des autres),
  • être capable de les réguler, et
  • savoir les utiliser pour faciliter les processus cognitifs.

Les auteurs ont ensuite révisé leur modèle et proposent aujourd’hui un cadre plus complexe dans lequel l’IE est un construit hiérarchique à quatre branches, chacune de ces branches représentant une catégorie de capacités (1997) :

  1. La perception et l’évaluation, verbales et non verbales des émotions ;
  2. La capacité d’intégration et d’assimilation des émotions pour faciliter et améliorer les processus cognitifs et perceptuels ;
  3. La connaissance du domaine des émotions (au sens du  » savoir « ), compréhension de leurs mécanismes, de leurs causes et de leurs conséquences ; enfin,
  4. La gestion de ses propres émotions et celles des autres.Intelligence emotionnelle 1997 Mayer Salovey

    En résumé, voici la dernière définition donnée par Mayer et Salovey.

 » La capacité à percevoir l’émotion, à intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre les émotions et à les maîtriser afin de favoriser l’épanouissement personnel  » (1997).

 quest ce que l intelligence emotionnelle

  • LE MODÈLE DE GOLEMAN (1995 et 1998)

Daniel Goleman, psychologue et journaliste scientifique, a découvert les travaux de Salovey et Mayer en 1990. Il s’en est inspiré et après quelques années de recherche, a écrit
 » l’ intelligence émotionnelle  » en 1995.

Le modèle proposé par Goleman en 1995 a été adapté au contexte de la vie au travail en 1998.
Il se décline autour de 25 compétences qui s’articulent autour de 5 axes principaux :

  1. La conscience de soi et la capacité à comprendre ses émotions
  2. L’autorégulation ou la maîtrise de soi,
  3. La motivation interne,
  4. L’empathie
  5. Les aptitudes sociales.

Intelligence emotionnelle goleman 5 axes

La conscience de soi et la capacité à comprendre ses émotions

La capacité de reconnaître et de comprendre les humeurs personnelles, les émotions et les moteurs internes, ainsi que leur effet sur les autres. Les indicateurs de conscience de soi comprennent l’auto-assurance, l’auto-évaluation réaliste, et un sens de l’humour auto-dérisoire. La conscience de soi dépend de la capacité à surveiller son propre état émotionnel et d’identifier et nommer correctement ses émotions.

La maîtrise de soi

La capacité de contrôler ou rediriger les pulsions et les humeurs perturbatrices, et la tendance à suspendre le jugement et de réfléchir avant d’agir. Les indicateurs comprennent la fiabilité et l’intégrité, ainsi que l’acceptation de l’ambiguïté et l’ouverture au changement.

La motivation interne


Un moteur interne qui va au-delà de l’argent et du statut, qui sont tous deux des récompenses externes : vision de ce qui est important dans la vie, le plaisir d’accomplir une tâche, la curiosité d’apprendre, un « flux » qui vient de l’immersion dans une activité. Une tendance à poursuivre des objectifs avec énergie et persistance. Les indicateurs comprennent une forte envie d’accomplissement, de l’optimisme à l’épreuve des échecs et un engagement organisationnel.

L’empathie

La capacité de comprendre la structure émotionnelle des autres. Une habileté à traiter les personnes en fonction de leurs réactions émotionnelles. Les indicateurs comprennent l’expertise dans la construction et le maintien du talent, la sensibilité interculturelle et le service aux clients. L’empathie concerne l’intérêt et l’implication dans les émotions des autres, la capacité à sentir ce qu’ils ressentent.

Les aptitudes sociales

L’habileté dans la gestion des relations et dans la construction de réseaux, ainsi qu’une capacité à trouver des points communs et de construire des liens. Les indicateurs des compétences sociales comprennent l’efficacité dans la conduite du changement, le pouvoir de persuasion, la création d’expertise et le leadership des équipes.

Aujourd’hui suite à son association avec des membres du groupe Hay, Goleman définit l’IE comme :

« La manifestation concrète de certaines compétences (conscience de soi, gestion de soi, conscience sociale et compétences sociales) en temps voulu, de manière adéquate et proportionnée afin d’être efficace dans une situation donnée »  (Boyatsis, Goleman et Rhee 2000). 

D’après lui, les compétences émotionnelles ne sont pas des talents innés, mais bien des capacités apprises qu’il faut développer et perfectionner afin de parvenir à un rendement exceptionnel.

Goleman reconnaît qu’il est passé de l’IE à quelque chose de beaucoup plus large.
Dans son livre il écrit  » qu’il existe un vieux mot pour représenter l’ensemble des compétences liées à l’intelligence émotionnelle : le caractère  » (Goleman, 1995).

  • LE MODÈLE DE BAR-ON (1997 et 2000)

Directeur de l’ Institut des intelligences Appliquées du Danemark et expert-conseil auprès de diverses organisations en Israël, a mis au point une des premières mesures de l’IE en utilisant l’expression  » quotient émotionnel « .

Il définit l’IE comme un ensemble d’aptitudes, de compétences et d’habiletés non cognitives qui influencent la capacité de l’individu à réussir en s’adaptant aux pressions et aux exigences de son environnement.
Cinq composantes, elles-mêmes divisés en 15 sous-dimensions, constituent son modèle :

  1. Les compétences intrapersonnelles.
  2. Les compétences interpersonnelles.
  3. L’adaptabilité.
  4. La gestion du stress.
  5. L’humeur générale. Intelligence emotionelle IE-600
Composantes
Sous-composantes
IntrapersonnelAmour-propre
Conscience de ses émotions
Affirmation de soi
Indépendance
Auto-actualisation
InterpersonnelEmpathie
Responsabilité sociale
Relation interpersonnelle
AdaptabilitéÉpreuve de la réalité
Souplesse
Résolution de problèmes
Gestion du stressTolérance au stress
Contrôle des impulsions
Humeur généraleOptimisme
Bonheur

Bar-On (2000) parle aujourd’hui  » d’intelligence émotionnelle et sociale  » pour englober son concept et redéfinit son modèle en 10 composantes-clés et cinq facilitateurs de l’IE (optimisme, joie, développement de soi, indépendance et responsabilité sociale).

Selon Bar-On, l’intelligence émotionnelle se développe avec le temps, et il est possible de l’améliorer par la formation et la thérapie.
Bar-On pose l’hypothèse que les personnes qui ont un QE supérieur à la moyenne réussissent en général mieux à faire face aux exigences et aux pressions de l’environnement.
À l’instar de Goleman, il ajoute qu’une déficience de l’IE peut empêcher le succès et traduire l’existence de problèmes psychologiques. En général, il estime que l’IE et l’I Cognitive contribuent autant l’une que l’autre à l’intelligence générale d’une personne, qui est une indication de son potentiel de réussir dans la vie.

Les deux derniers modèles de Goleman et Bar-On se rapprochent du modèle des BIG FIVE (appelé également « FFM » : Five Factor Model) qui décrit la personnalité d’après cinq traits de caractère fondamentaux :

  1. L’ouverture d’esprit.
  2. La conscience des autres.
  3. L’extraversion.
  4. La conscience des actes.
  5. L’équilibre émotionnel.

D’une façon commune, l’intelligence émotionnelle est donc :

La capacité à percevoir ses propres émotions ainsi que celles des autres, à les comprendre, à les utiliser et à les réguler pour atteindre un objectif clairement défini. Cela met donc en avant une connaissance précise puis une analyse rationnelle des émotions.

Nous sommes ainsi loin de l’émotion primaire impulsive 🙂

Source 

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